Photo : Les déléguées sénégalaises en formation dans la cuisine du Centre d’action bénévole de Saint‑Hyacinthe, lors d’un riche échange de savoirs avec l’équipe du centre.

Des cantines nourries par les femmes et portées par l’énergie solaire

Par : Francisco Angulo Escruceria, coordonnateur Fonds Solidarité Sud

Pendant deux semaines, entre la fin septembre et le 10 octobre, Saint‑Hyacinthe a accueilli cinq femmes sénégalaises dont l’engagement quotidien nourrit des centaines d’enfants dans leur communauté Elles sont venues de Diourbel, la région où les cantines scolaires sont devenues, au fil des années, un moteur de santé, de solidarité et d’autonomie pour les familles. Leur séjour au Québec a été une fenêtre ouverte sur leur réalité, mais aussi un miroir : celui de la force tranquille qui anime les femmes lorsqu’elles portent un projet collectif.

Cette visite a été rendue possible grâce à UPA Développement international (UPA DI), qui pilote le projet sur le terrain au Sénégal, et au Centre d’action bénévole de la région de Saint‑Hyacinthe (CABRSH), qui a accueilli les déléguées dans ses activités alimentaires et communautaires. Pour le Fonds Solidarité Sud, partenaire de longue date d’UPA DI, cette immersion a été un moment privilégié pour mesurer l’impact du travail accompli au Sénégal, mais aussi pour comprendre les défis que ces femmes relèvent avec courage et créativité.

Photo : Femmes sénégalaises participantes du projet d’UPA DI dans leur cuisine communautaire à Diourbel, où elles préparent les repas des cantines scolaires pour des centaines d’enfants.

Des cantines qui changent la vie des enfants

Dans leur village, les cantines scolaires ont transformé le quotidien. Deux fois par semaine, plus de 560 enfants reçoivent un repas nutritif préparé par vingt femmes agrotransformatrices. Les effets sont visibles : les élèves sont en meilleure santé, les familles dépensent moins, et la fréquentation scolaire augmente. Les enfants n’ont plus à parcourir de longues distances pour rentrer manger ; ils restent à l’école, apprennent mieux, et grandissent dans un environnement plus stable.

Comme l’explique Diouma SENE, coordonnatrice des cantines :

« Depuis que les cantines ont commencé, la santé des élèves s’est améliorée parce qu’ils mangent plus de vitamines, plus d’aliments variés et surtout des produits locaux. »

Les femmes, elles, ont trouvé dans ce projet un espace pour développer des activités économiques complémentaires. Elles fabriquent du savon, transforment des fruits et des légumes, produisent de l’eau glacée grâce à l’énergie solaire, entreposent du mil pour le revendre au bon moment… et, dans certains groupements, elles produisent même de l’eau de javel, un produit essentiel pour l’hygiène des familles. Ces initiatives leur permettent de gagner un revenu, de rester au village et de renforcer leur rôle économique dans la communauté.

Des défis réels, mais porteurs de changement

Derrière ces réussites se trouvent des défis importants. Les femmes doivent apprendre à gérer collectivement une cantine, à planifier l’approvisionnement local, à coordonner avec les producteurs, à assurer la régularité des repas malgré les variations agricoles et les coûts des denrées. La communauté doit aussi assumer progressivement une partie du financement, un changement culturel majeur dans un contexte où les services collectifs ont longtemps dépendu de soutiens externes.

Mais ces défis ne sont pas des obstacles : ce sont des étapes de transformation. Diouma le dit avec une clarté admirable :

« Nous, on contribue. On doit contribuer. Si on t’accompagne, toi aussi tu dois faire des efforts. Ce n’est pas bon de lâcher comme ça. »

Cette phrase résume l’esprit du projet : une communauté qui se responsabilise, qui apprend, qui s’organise, et qui avance ensemble.

Photo : Les déléguées à l’entrée du marché de Saint‑Hyacinthe, lors d’une visite pour découvrir les pratiques locales de production et de vente.

Une visite au Québec qui ouvre des horizons

À Saint‑Hyacinthe, les déléguées ont découvert un autre univers agricole, d’autres façons de transformer les aliments, d’autres manières de s’organiser. Grâce au CABRSH, elles ont participé aux activités de la Popote roulante, observé la préparation de repas pour des centaines de personnes vulnérables, et échangé avec des bénévoles qui, comme elles, mettent l’alimentation au service du bien‑être collectif.

Elles ont aussi visité le marché public, rencontré des productrices et producteurs locaux, et partagé des repas avec des partenaires de la région. Des moments simples, comme l’autocueillette de pommes, ont permis de créer des liens sincères et de rire ensemble.

Pour le Fonds Solidarité Sud, ces rencontres ont été l’occasion de mieux comprendre les réalités des femmes sénégalaises, leurs forces, leurs ambitions et leur vision pour l’avenir. Elles ont aussi permis de constater à quel point les échanges interculturels peuvent nourrir les deux côtés de l’océan.

Diouma résume ainsi son séjour :

« Les gens nous ont reçues avec beaucoup de chaleur. Voir l’intérêt que vous portez à notre travail m’a beaucoup marquée. »

Ces mots disent tout : au‑delà des ateliers, des visites et des discussions, ce sont les relations humaines qui ont donné à cette visite sa profondeur.

Un partenariat qui renforce l’autonomie

Depuis plusieurs années, UPA DI et le Fonds Solidarité Sud travaillent ensemble pour soutenir les cantines scolaires et les activités économiques des femmes. Ce partenariat repose sur une vision commune : renforcer l’autonomie locale, valoriser les ressources du territoire et créer des conditions durables pour le bien‑être des enfants.

Au cœur de ce partenariat se trouve aussi une approche d’économie circulaire : les cantines achètent aux producteurs locaux, les femmes transforment ces denrées, les revenus générés restent dans le village, et l’énergie solaire renforce encore cette boucle vertueuse. Chaque étape du projet nourrit la suivante : la nourriture, les revenus, la formation et l’autonomie reviennent à la communauté, créant un modèle durable qui grandit avec elle.

Le CABRSH, pour sa part, apporte une expertise précieuse en matière d’action communautaire, de transformation alimentaire et de mobilisation citoyenne. Son implication dans l’accueil des déléguées a permis de créer un pont concret entre les pratiques québécoises et les réalités sénégalaises.

Au Sénégal, notre contribution se traduit par des gestes concrets : soutien aux infrastructures, renouvellement du matériel de cuisine, entretien des fourneaux, formations en transformation alimentaire, en saponification, en gestion des stocks et en hygiène.

La solarisation occupe également une place essentielle dans ce partenariat. Grâce à l’installation de panneaux solaires sur les écoles, les femmes disposent d’une énergie fiable pour faire fonctionner les réfrigérateurs et les congélateurs, ce qui améliore la conservation des denrées et la qualité des repas servis aux enfants. Cette énergie propre permet aussi de produire de l’eau froide et de la glace, des produits très appréciés dans la communauté et qui génèrent des revenus supplémentaires pour les femmes. Dans les écoles, la solarisation facilite le travail quotidien : elle offre l’électricité nécessaire pour recharger les portables des enseignantes et les téléphones du comité, rendant la gestion plus simple et plus efficace. Pour le Fonds Solidarité Sud, cette avancée est au cœur de notre engagement : l’énergie solaire n’est pas seulement une solution technique, mais un levier de dignité, de stabilité et de développement pour les communautés rurales.

Ces appuis permettent aux femmes de développer leurs compétences, d’améliorer la qualité des repas et de consolider la durabilité des cantines.

Photo : Remise des diplômes aux déléguées par l’UPA DI et le Centre d’action bénévole de Saint‑Hyacinthe, soulignant leur engagement et leur formation durant le séjour.

Un avenir qui se construit ensemble

Les cantines scolaires du Sénégal sont aujourd’hui à un tournant. Elles ont démontré leur impact, elles ont gagné la confiance des familles, et elles sont devenues un symbole de solidarité locale. Les défis demeurent, mais les bases sont solides. Les femmes sont mieux formées, les producteurs mieux intégrés, les élèves mieux nourris, et la communauté plus mobilisée.

Comme le dit Diouma :

« Pour les prochaines années, je souhaite que les cantines se renforcent encore, que les femmes deviennent plus autonomes et que la collaboration continue. »

Au Fonds Solidarité Sud, nous partageons pleinement ce souhait. Et grâce à nos donatrices et donateurs, nous savons qu’il deviendra réalité.