Produire sa propre énergie, Se débarrasser du diesel et miser sur le solaire

Un projet de solarisation de châteaux d’eau au Sénégal dans le cadre d’un partenariat stratégique du FISIQ avec un de ses membres, le Fonds Solidarité Sud

Récemment le FISIQ et le FSS convenaient d’un partenariat stratégique pour financer à hauteur de 200 000$ (100 000$ chacun) un projet de solarisation de châteaux d’eau au Sénégal suite à une mission du président du FISIQ André Beaudoin au pays.

D’une pierre deux coups, il créait par la même occasion un fonds dédié nommé Fonds Louis-Favreau consacré spécifiquement à la transition énergétique par le passage du diesel au solaire dans les châteaux d’eau qui desservent les communautés rurales sénégalaises en eau potable.

Nouvelles perspectives en vue ? Ça se présente bien !

Quelles sont donc les perspectives qui s’annoncent avec cette entente de collaboration stratégique entre ces deux organisations qui nous renvoie à l’enjeu de la transition énergétique au Sud en contexte géopolitique instable et imprévisible sur l’énergie qu’a provoquée la guerre en Iran ? Nous vous proposons une lecture stratégique du projet.

En faisant cela, le FISIQ fait la preuve qu’il peut créer de nouveaux possibles économiques en matière d’énergie avec ses membres au Québec et ses partenaires au Sud. De son côté, le FSS fait la preuve qu’il peut combiner/alterner/croiser le don et/ou le prêt dans ses solidarités économiques avec des communautés du Sud. Examinons cela de plus près.

  • L’enjeu principal dans cette nouvelle collaboration : investir dans l’indépendance énergétique avec une énergie renouvelable

 Aujourd’hui en Afrique, l’option la moins chère pour produire de l’électricité que ce soit pour l’accès à l’eau potable, pour l’agriculture, pour le petit commerce local, pour les écoles etc., ce sont les énergies renouvelables. Le Sénégal est aux prises avec une énergie fossile, le diesel, dans l’électricité qui alimente leurs châteaux d’eau. Le passage du diesel au solaire change radicalement la donne pour les communautés desservies par ces châteaux d’eau chargés de la distribution de l’eau potable dans les communautés :  a) un prix réduit et des coûts prévisibles ; b) une gestion décentralisée ; une électricité non polluante.

Les châteaux d’eau : de quoi s’agit-il au juste ?

Un château d’eau fonctionne principalement grâce à la gravité. Il stocke l’eau potable en hauteur afin de la distribuer naturellement sous pression aux habitations environnantes, sans avoir besoin de faire tourner des pompes en permanence.

Que se cache-t-il vraiment derrière un château d’eau ?

Le château d’eau n’est pas un simple ouvrage de stockage : c’est un régulateur hydraulique essentiel du réseau de distribution.

  • Il maintient une pression d’eau constante dans le réseau
  • Il sert de réserve en cas de forte demande ou d’urgence
  • Il garantit une distribution fluide, 24h/24
  • Son entretien est essentiel pour garantir la qualité de l’eau potable

Bref c’est plus qu’un simple réservoir, c’est un pilier invisible de sécurité en matière d’accès à une eau potable

  • Au Sénégal, la grande majorité de ces châteaux d’eau fonctionnent au diesel. La transition au solaire est portée par des préfectures (équivalent de nos MRC) en collaboration avec des associations d’usagers.

 

La mission de février dernier du président du FISIQ avec nos partenaires sénégalais devant un château d’eau solarisé

Inspirer par cette mission, l’objectif de notre partenariat stratégique sera de soutenir une transition réaliste adapté aux territoires et aux besoins de très nombreuses communautés locales. Le projet : solariser 10 châteaux d’eau distributeurs d’eau potable à une centaine de communautés rurales.

 

 

 

 

  • Dans quel contexte local et international se présente cette opportunité ?

 Le prix élevé et instable du diesel lequel est une énergie fossile dont le prix est fixé au plan international. Le dernier révélateur de cette instabilité a été celui de la guerre en Iran et la crise internationale du pétrole qu’elle a provoquée. Cette crise liée à une guerre dans un lieu stratégique du monde (l’Iran et son contrôle du Détroit d’Ormuz) a donné, malgré elle, un signal fort qu’il fallait ne pas se contenter de mesures à court terme pour se libérer de la dépendance aux importations fossiles très marquée dans l’ensemble des pays d’Afrique de l’Ouest, dont le Sénégal. Conjoncture nouvelle qui force à se tourner vers des énergies renouvelables, le solaire étant celle qui est en tête en Afrique.

En 2026, la guerre en Iran vient créer une onde de choc planétaire fondée sur le contrôle du pétrole et sur le blocage des approvisionnements par le détroit d’Ormuz, ce qui a pour effet de faire monter en puissance les coûts de cette énergie fossile, Dès lors développer une stratégie énergétique de moyen/long terme invite très clairement à se tourner vers les énergies renouvelables.

Coïncidence, effet du hasard, occasion que personne ne pouvait prévoir, le FISIQ par son président revenu tout juste d’une mission au Sénégal offre au Fonds Solidarité Sud de s’engager ensemble dans un projet de solarisation des châteaux d’eau de ce pays, projet qui risque bien de devenir un projet majeur dans les années qui viennent. Le projet pour les communautés représente un triple avantage a) une eau potable à coût moindre ; b) un accès au crédit fourni par le Québec ; c) l’accès à une électricité verte contrôlée et gérée localement.

Enfin avantage potentiel, et non le moindre, l’électrification des châteaux d’eau par le solaire…pourrait avoir un effet multiplicateur : un château d’eau disposant d’une énergie solaire qui rend grandement service aux familles comme aux producteurs agricoles pourrait conduire des communautés à vouloir solariser leurs activités agricoles, leurs écoles… Chose certaine, à minima, cette transition offre une certaine sécurité énergétique en contexte géopolitique périodiquement imprévisible.

L’énergie, faut-il le rappeler, est un des fondamentaux d’une agriculture durable génératrice de revenus. Bref pas de sécurité alimentaire sans sécurité énergétique et sans eau potable accessible à bon prix.

Au Québec, nous avons vécu une crise de l’énergie dans les années 1970 : la guerre du Kippour en 1973 a donné lieu à un ralentissement économique combiné à une hausse généralisée des prix et à un fort taux de chômage au Canada. Puis, la révolution iranienne en 1979 crée un 2ième grand choc pétrolier et finalement la guerre du Golfe en 1990 gracieuseté d’un marché mondialisé. Aujourd’hui en 2026, sur le même registre géopolitique, c’est le conflit E-U/Israël versus l’Iran qui provoque une nouveau choc. https://www.ledevoir.com/economie/965610/grandes-crises-petrolieres-ont-marque-histoire?

La crise énergétique au Québec dans les années 1970 et ses effets

C’est l’arrivée d’Hydro-Québec, née de la nationalisation de l’électricité en 1962, qui a permis de nous libérer en partie du pétrole notamment en matière d’électrification des bâtiments.

Au Québec, la crise pétrolière des années 1970 a laissé une empreinte durable. La forte dépendance au pétrole importé pour le chauffage résidentiel nous a conduit à une vaste électrification des bâtiments, permettant de remplacer une énergie importée et volatile par une hydroélectricité locale et publique. L’arrivée du solaire dans les châteaux d’eau au Sénégal, ça découle de la même logique !

Les efforts de transition énergétique peuvent donc prendre une dimension très stratégique. Les énergies renouvelables sont par nature locales : produire son énergie à partir de ses propres ressources (passage au solaire) permet de contrer la vulnérabilité aux tensions internationales, aux perturbations des routes commerciales…et donc permet de faire baisser la facture d’eau, améliorer la salubrité et offrir une meilleure qualité du service rendu.

  •  Énergies renouvelables et avenir de l’Afrique : l’accès au crédit, le levier manquant

En Afrique, l’absence d’électricité à un prix accessible ralentit toutes les activités, un frein majeur au développement. La demande d’énergie explose d’une part et d’autre part les importations de combustibles fossiles sont à la hausse. Comment maîtriser la facture énergétique ?

À un moment où la transition énergétique s’accélère partout dans le monde, il est important de reconnaître le défi auquel les pays du Sud font face, celui de réussir cette transition. Il devient de plus en plus urgent de sortir des énergies fossiles. Ce qui nécessite inévitablement de nouveaux projets et de nouvelles infrastructures énergétiques. Au Sénégal, le levier qui manque à l’appel pour la solarisation de leurs châteaux d’eau, c’est l’accès au crédit. C’est là que le Québec, par la collaboration du FISIQ et du FSS, vient combler ce vide.

En bout de ligne, plus de prévisibilité, de stabilité, d’emplois locaux et une reprise en main de la gestion de la distribution de l’eau potable deviennent les fins mots de l’histoire. Il y a 1 500 châteaux d’eau au Sénégal. Pour le moment présent, il s’agira de soutenir financièrement et d’accompagner le processus sur une dizaine de châteaux d’eau, chacun pouvant rejoindre des dizaines et des dizaines de villages.

Il est donc capital pour tout le monde de s’y mettre : au Sénégal, des municipalités (préfectures) et des citoyens de communautés rurales (associations d’usagers) sont en demande financière. Car ils sont en situation de privation d’opportunités économiques. C’est ici que l’accès au crédit s’impose comme nous pouvons le FISIIQ et le FSS le faire par un prêt de 200 000$.

  • Une expérience de solarisation qui a fait ses preuves, celle de l’Union des groupements paysans de Méckhé (l’UGPM) dans la région de Thiès 

L’UGPM soutenue par la SIDI va miser sur la finance solidaire et mobiliser des collectifs de femmes dans les 90 villages de la région

Expérience-phare pourquoi ? Parce qu’elle a su et pu croiser plusieurs conditions de réussite : 1) l’existence d’une organisation paysanne regroupant des milliers de membres (2 050 fermes et 5 000 membres dont les 2/3 sont des femmes) qui a l’initiative du processus ; 2) la couverture d’une région entière et des dizaines de villages (90) ; 3) la caisse d’épargne et de crédit de l’UGPM; 4) la mobilisation des femmes dans les villages pour canaliser une épargne locale en vue de pouvoir acheter des panneaux solaires le moment venu (des mutuelles de solidarité, les MUSO) ; 5) la création d’un atelier de panneaux solaires dans la région, avec l’expertise locale qui se constitue pour leur  installation et leur réparation. Un montage original rendu possible grâce, à un capital patient, celui du FISIQ français, la SIDI. https://www.fondssolidaritesud.org/developpement-economique-local-dans-les-pays-du-sud-lavenir-des-services-energetiques/

On aura remarqué que, dans cette solarisation, il y a un changement d’échelle: plusieurs organisations, des dizaines de villages, plusieurs financements croisés et un financement à la bonne hauteur de $300 000 euros (dont les 2/3 provenant d’un prêt de la SIDI). Cette intervention nécessitait une assise forte à l’échelle locale et régionale au point de départ, laquelle s’est appuyée sur les savoir-faire des communautés de producteurs agricoles organisés et des femmes également organisées en mutuelles dans les villages. Une solide démonstration de l’importance d’être proche des besoins locaux des communautés tout en pensant simultanément sa reproduction à une échelle plus large.

 

Conclusion, aujourd’hui grâce aux coûts nettement à la baisse des énergies renouvelables, l’électrification rurale verte est devenue un possible. Ce n’est plus une « affaire » qu’on laisse à d’autres, au privé ou à l’État, dont on sait que ni l’un ni l’autre ne viendront en milieu rural. Par contre c’est une carte maîtresse pour une agriculture durable et le développement économique des communautés : une transition énergétique adossée au renforcement d’une agriculture génératrice de plus de revenus laquelle peut mieux soutenir dans la foulée des services d’éducation et de santé. Il y a d’ailleurs là un point de convergence des intérêts de tous dans les communautés : les familles, les producteurs agricoles, le petit commerce, les écoles, les dispensaires, les communes…comme l’illustre graphique qui suit :

Transition énergétique – L’accès à une électricité propre à un coût abordable

  • Au cœur de tout dans la transition sociale et écologique : une carte maîtresse de développement des communautés.
  • Au cœur du projet des châteaux d’eau : une électricité propre (le solaire) permettant un accès des communautés à une eau potable.

 

 

De quelques références

Sur le site du FISIQ : deux fiches et de l’info sur la dernière AG de l’organisation

  • La transition écologique de l’économie, le plus grand défi de notre solidarité internationale Transition écologique

Sur le site du Fonds Solidarité Sud (et de l’UPA DI)